CAMEROUN – STEVE MEKOUDJA PRÉSENTE RITUALS – Black Square

En matière d’expression créative, il est désormais courant de rencontrer des artistes aux profils pluridisciplinaires. Des hommes et des femmes capables de transcender leur imagination pour apporter au monde leur contribution au travers de leurs différents talents. Steve Mekoudja est l’un d’entre eux, poète récompensé, d’origine camerounaise et résidant en Allemagne. Il présente « Rituals » , un projet multi support pour lequel il a lancé une campagne de financement participatif. Nous avons choisi de lui poser quelques questions pour en savoir un peu plus sur son univers, ses inspirations et surtout ce projet d’envergure.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Steve Mekoudja, ingénieur en informatique, auteur, poète et directeur artistique. Je suis camerounais et je vis à Berlin.

Qu’est-ce qui t’a amené à t’intéresser à l’art en général et à la poésie en particulier ?

Honnêtement je ne sais pas. Je ne prends conscience de mon amour pour l’art que maintenant. Et pourtant, d’aussi loin que je m’en souvienne il a toujours été là, cet amour. Déjà enfant, j’aimais lire et écouter de la musique. Plus tard, j’ai commencé moi-même à écrire des nouvelles, des romans, des chansons.

Je pense que tout part d’un besoin de réinventer le monde, de fabriquer un monde à ma vision, d’imaginer un monde d’hommes libres, réellement libres, un monde juste. L’art c’est un  moyen sophistiqué de donner corps à nos émotions. Il offre aussi la possibilité d’observer le monde. C’est ce que fait la poésie. Je dis souvent que la poésie est tout et tout est poésie. Un coucher du soleil, le chant des oiseaux, les aurevoirs, les pleurs, les rires. C’est cette liberté que j’aime dans la poésie.

Peux-tu nous parler de ton projet Rituals ? De quoi s’agit-il ?

Rituals c’est un peu le deuil de la première partie de ma vie. Quand je parle de moi, je segmente toujours ma vie en deux parties : avant mes 21 ans et après mes 21 ans. Vous savez chez nous les bamilékés, il est très important de faire des funérailles lorsque que quelqu’un meurt,  pour le laisser partir en paix, pour l’accompagner dans sa nouvelle vie. C’est le même processus avec Rituals. Avant mes 21 ans, j’étais un petit garçon qui aimait lire, écrire, chanter mais qui n’était pas conscient du monde dans lequel il vit, conscient des différents compartiments de son identité. Grâce à la lecture – de très bons livres –  à la rencontre de belles personnes, à l’humilité, le courage etc., j’ai découvert que je suis noir, africain, camerounais, bamiléké, etc.

Par exemple, je n’aimais pas beaucoup ma langue maternelle, le yemba mais aujourd’hui je la redécouvre, je la trouve belle, riche. Et je me retrouve aujourd’hui au téléphone avec ma grand-mère pendant des heures  à apprendre le yemba, à lui demander le sens des mots. C’est cela Rituals, ces petites choses qui m’aident à me défaire du passé et m’accompagnent dans l’exploration de moi-même. J’aimerais inviter tout le monde à faire ce voyage avec eux-mêmes. On découvre des belles choses enfouies en nous-mêmes. C’est sublime.

Comment ce projet est né ? 

Après mes 21 ans donc, j’ai essayé de faire plusieurs choses : écrire un roman, un recueil de nouvelles, tout ce que les autres attendaient de moi – je venais de gagner un prix littéraire. Puis je me suis rendu compte que ce n’était pas vraiment ce que je voulais faire. Alors j’ai commencé à écrire une série de poèmes inspirés de mes « rituels » que j’ai plus tard adapté sur la forme d’un film, mélangé à la musique pour en faire un album et à la photographie pour en faire un livre d’art.

Que souhaites-tu apporter avec ce projet, quel(s) message(s) souhaites-tu faire passer ?

Comme je l’ai dit, je veux inviter les gens à voyager en eux-mêmes. Je veux les inviter à se questionner sur eux-mêmes. J’entends des mecs critiquer les femmes, se plaindre d’elles : « Un tel est trop ci, trop ça… » Et je me dis que nous les mecs devrions arrêter de critiquer les femmes pour nous remettre en question, car croyez-moi, nous avons beaucoup de problèmes. Seulement, la société nous dit : «sois fort et garde la tête haute, quoi qu’il arrive. » Mais franchement, qui a le moral tous les jours ? Qui est insensible à la douleur, au chagrin etc ? Il faut donner le droit aux hommes de pleurer, d’être les humains qu’ils sont. La masculinité est un grand thème dans mon projet. C’est d’ailleurs le thème du premier single intitulé « To Be a Man » qui sort la semaine prochaine.

Tu as récemment lancé une campagne de financement participatif pour ce dernier, où peut-on la trouver et comment peut-on t’aider?

Oui le 23 Juillet nous avons lancé une campagne pour financer notre projet.  Le film est prêt. 10 chansons ont déjà été enregistrées, il en reste encore 5. Le livre d’art est en cours de conception. Tout cela coûte très cher et tout seul, je ne peux pas y arriver. C’est pourquoi j’invite tous ceux qui sont intéressés par ces formes de l’art et par ces thématiques à soutenir notre projet. Nous proposons  des contreparties à tous nos contributeurs : l’album ou le livre en exclusivité, des liens privés pour regarder le film, etc. Toutes les informations sont sur le site du crowdfunding : https://fr.ulule.com/rituals/

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