Une plongée dans l’univers de Dave, c’est la notion même de l’insaisissabilité. Comme toute œuvre d’art, par définition, une part d’elle reste profondément mystérieuse. Ses sillages, ses défauts, ses qualités, sa maîtrise ne se livreront qu’aux oreilles ouvertes et curieuses. À la fois protestataire, mélancolique et terriblement engagé, Dave accouche à maturité d’une deuxième itération : Game Over, qui ne répond à aucune des attentes que les fantasmes ont suscité. Aux frontières des genres musicaux, comme le pilier fondateur d’un rappeur
qui n’a jamais usurpé sa réputation.

Comme tout artiste torturé, tiraillé par sa conscience, Dave prend position comme il ne l’a jamais fait auparavant. Position contre les discriminations, position contre l’apitoiement, position contre les politiques. Le rappeur de Streatham évoque chaque sujet sensible avec une maestria à décourager quelconque rappeur qui espérerait réitérer cet exploit. Que ce soit sur l’excellent No words ou le consciencieux Question Time, Dave écrit avec une fluidité qui n’a d’égal que la force de son propos.

Une telle démonstration de force ne fait que renforcer l’idée que Dave est l’un des artistes les plus doués de sa génération et que son empreinte sur le Grime risque de hanter pendant longtemps ses futurs successeurs. Si Game Over ne signera peut-être pas l’apogée de son succès commercial, il est à coup sûr son œuvre la plus personnelle et la plus maîtrisée de sa discographie. La production a beau être lumineuse, le propos général est aussi sombre que la peau de Dave. C’est en effectuant un contrepied magistral, en allant là où personne ne
l’attendait véritablement qu’il s’affranchit de toute barrière et se permet d’offrir une toute nouvelle dimension à sa musicalité. Avant d’être un album profondément influencé par les sonorités du South London, Game Over est surtout un condensé d’Afro Bashment qui décontenancera ceux chez qui Six Paths est encore en rotation.

Pourtant, l’arrière-goût laissé par ces sept titres est loin d’être amer. Au contraire, l’œuvre ne se laisse apprivoiser qu’avec du temps, de l’acharnement et suffisamment de confiance pour se laisser guider par une narration qui suit l’évolution d’un homme tourmenté. Ces tourments, il les exprime avec mépris sur le titre How I met my ex. Loin d’être clivant, ni même son ambition naturaliste réside dans l’observation de son propre reflet, au travers de son environnement.

Quoi qu’il en soit, le degré de maîtrise du jeune homme pourrait paraître insolent, dans le cas de Dave, il fait juste l’objet d’une fascination inébranlable, et c’est bien là le principal et ça annonce le meilleur pour la suite. On apprend qu’il sera aussi en concert en France le 07 novembre au Badaboum, une occasion de le découvrir.

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