Dans le cas de Father, la névrose n’a jamais été autre chose qu’une formidable source d’inspiration créative. Après avoir déménagé à L.A., le rappeur d’Atlanta apporte son flux impassible et le sens subversif de l’humour aux productions d’un « Awful swin » totalement rafraîchissant . Il n’y a pas de demi-mesure dans son sous-texte. Juste du vécu, une écriture folle, et une manière très concrète de retranscrire la démence qui lui ronge le cerveau.

Father

Et on ne dit pas uniquement ça à cause de sa voix qui aurait pu sortir d’un épisode de South Park. Father est un animal de spontanéité. Chacun de ses textes répond à une pulsion plus qu’à une véritable réflexion. En plus d’ouvrir Awful Swin, Mirror Mirror condense plus ou moins tout ce qui tourne de travers dans la tête du chef de file de l’écurie Awful Records – qui a hébergé Play Boi Carti- . Une sensation de chute interminable habille sa musique qui s’accentue sur la production pleine de distorsions. Les influences sont variées, et vont du post-Punk aux atmosphères lubriques bien plus inquiétantes. L’homme est spectateur de sa propre existence, et vit son succès critique et commercial par procuration, multipliant les allusions à son ancienne vie.

Comme le reste de ses projets, rien n’est immédiat. Disons qu’ils se savourent sur la longueur, et se dévoilent au fil des écoutes. On ne peut que louer la démarche du rappeur qui reste fidèle à lui même, et alterne les prises de conscience avec d’autres passages d’une rare subtilité. Histoires de fesses (Thotnite), jeux-vidéos (Sephiroth – les connaisseurs apprécieront la référence) et même un brin de romance (le très réussi Only You) sont au programme de l’album, sur fonds de beats minimalistes dont Father, fidèle de l’école DIY, assure lui-même la production aidé de son acolyte MeltyCanon.

Les artistes maison Slug Christ et ABRA, ainsi que Rico Nasty viennent ajouter leur grain de folie aux festivités. Le tout enrobé dans une campagne de promotion assurée par la chaîne Adult Swim, autant de thématiques qui n’ont fondamentalement rien de nouveau, mais qui ne seraient rien sans un perfectionnisme à toute épreuve. Le fond est la forme sont en parfaite adéquation, faisant de ses projets le testament d’un homme passionné par son art. Pour le reste, il faudra attendre le 18 Octobre car il sera en concert à Paris.

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