MUSIQUE

ANGOLA – ENTRETIEN AVEC PONGO

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La vie de Pongo à ce jour a été pleine de vols et de faux départs. Au cours des heures qui précèdent sa superbe prestation au Coconut Festival, elle nous a patiemment mis au courant de son histoire, sautant légèrement les périodes de difficultés intenses qui, vous pensez, pourraient remplir des livres entiers à elles seules. Née à Luanda, elle a quitté l’Angola avec sa famille à l’âge de huit ans. Ce fut un voyage long et difficile. Entre ses différentes vies, Pongo s’est retrouvée prise entre deux cultures. « Je cherche juste du respect pour ma culture et d’où je viens ». Pongo aborde la célébrité avec scepticisme. Elle est fondamentalement consciente des structures de pouvoir qui sous-tendent l’industrie. Ses mots démontrent son habileté à traduire la critique sociale profondément personnelle en critique sociale pointue, avec la fluidité qui pourrait en déconcertée certains.

(c) Aziz Sanogo

 

À ce stade de sa vie, le bien-être est primordial, quand elle évoque avec peine les rapports conflictuels avec son père – ancien danseur de rue à Luanda dont elle a hérité son amour de la musique- qui l’ont poussée à une tentative désespérée de liberté «  C’est difficile pour moi d’en parler. C’était un moment où je ne voulais plus vivre comme ça, et je commençais à me battre pour la liberté de ma famille » se confie t-elle, « mon père a toujours été un héros pour moi, jusqu’au jour où l’on grandit et on se dit que ce modèle n’en est pas un ». La musique devient très vite un échappatoire notamment lorsqu’elle découvre un groupe de danseurs sur un quai de gare exécuter du kuduro, un genre de musique de danse angolais mélangeant des styles folkloriques transatlantiques et électroniques qui ont muté dans les clubs de Lisbonne dans les années 2000 et décide de se joindre à eux. « Un peu comme tout le monde j’ai grandi avec la musique, mais je dirai que mon style musical s’est peaufiné avec mes expériences ». 

(c) Aziz Sanogo

Son premier EP, Baia de l’année dernière, l’a (ré)établie en tant que talent ambitieux, emmenant le kuduro dans de nouvelles directions personnelles. Le second, un album de cinq titres intitulé Uwa, met ses racines angolaises au premier plan tout en poussant ses sonorités encore plus loin pour inclure des ballades ardentes (“Wafu”) et de la pop latine chantée en Portuñol (“Canto”), une langue créole parlée dans certaines parties de l’Espagne et de l’Amérique du Sud. « Mon continent me manque, il n’y a pas que l’Angola », dit Pongo. « Nous partageons le même esprit, la même culture – pour moi, cela signifie plus que de la musique. « Uwa » est un mot en Kimbundu, la langue traditionnelle en Angola, et cela signifie célébration, évasion – vous le criez comme « woo hoo ! » , « j’aimerai que ma musique puisse véhiculer l’espoir, la joie » se confie t’elle.

L’indépendance qu’elle a acquise à un jeune âge fait de Pongo qui elle est : une fille que nous voulons tous être. Il y en a pour tous les goûts  « Je travaille très dur et je ne prends les problèmes de personne » dit-elle. «Je veux que ma musique émeuve les gens de manière à ce qu’ils oublient tous leurs problèmes ou leur donne envie de danser ou de se sentir bien, quel que soit le genre. »

(c) Aziz Sanogo

Lorsqu’on lui demande d’où viennent son amour-propre et sa motivation, elle assimile sa paix à une partie du remède qui l’aide à rester ancrée. « Si vous voulez en savoir plus sur vous-même et avoir plus confiance en vous, vous devez simplement pratiquer les choses que vous aimez… », dit-elle en s’arrêtant. « Gardez votre esprit sur une vibration plus élevée, une fréquence élevée, et traitez-vous bien »

Ses messages, sa musique accompagnent sans lasser, une sorte d’introspection, à l’image de cet ami aimant et sans jugement qui rappelle sa propre valeur. Elle partage avec ouverture les choses qui jalonnent sa vie pour faire partie d’une conversation plus large et pour mettre en lumière les choses qui doivent être remises en question.

(c) Aziz Sanogo

Faire preuve d’abnégation est parfois salutaire. Elle l’a bien compris la guérison peut être offerte par la reflexion et le témoignage ce qui se traduit par cette étincelle  qui illumine son processus créatif « Mes paroles dirigent la mélodie, je laisse libre court à mes pensées et la mélodie est juste un vaisseau de mes émotions ». Entre lumière vive et obscurité riche, spectres et processus d’autoréflexion le fil d’Ariane est sans doute la volonté de s’étendre,  dans le but de nourrir sa propre croissance ou celle d’un.e autre. 

C’est en allant là où personne ne l’attendait véritablement que Pongo s’affranchit de toute barrière et se permet d’offrir une toute nouvelle dimension à sa musicalité. Avant d’être une artiste profondément influencée par les sonorités d’Angola, Pongo est surtout un condensé de vécus, en quelques mots le résultat d’une crise de conscience, moins d’une crise artistique. Dans le cas de Pongo, Elle fait juste l’objet d’une fascination inébranlable.

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