Parfois il faut du temps – plus de temps que quiconque n’aime à l’imaginer- pour démêler les choses en soi, puis essayer de les mettre en ordre et enfin tenter de les voir, pas tant leurs donner un sens. Voilà pourquoi peut-être le passé devient plus clair que ce qui semble le présent. Dans « Tristesse Business : Saison 1» il est question d’Amour, de ses craintes, ses aspirations en tant qu’homme qui vit son chagrin très calme et cette lassitude apaisée avec cette part inévitable d’imposture et d’ambiguïté.

A peine remis de sa série éblouissante de chansons « Pour deux âmes solitaires » qui dépeignaient désespérément l’angoisse après la rupture, voilà que Luidji vient se rappeler à notre bon souveniret n’a pas fini d’élargir les horizons. Sorti sous la bannière de son label indépendant « Foufoune Palace », « Tristesse Business : Saison 1 » fait office de table rase du passé. A la fois exotique et mystérieux, il navigue sur des terres inconnues et nous fait débarquer sur les rythmes contagieux de «Agoué» et « Nazaré » où l’on retrouve bel et bien sa recette qui marche à merveille.

Grandement empreint des influences soul prédominantes « Tristesse Business : Saison 1 » est un patchwork d’influences avec une cohérence bluffante : des guitares rock 60’s et des synthés en fusion, un phrasé assez technique en alternance avec un chant de crooner dont la sensualité et le panache évoquent successivement Drake ou encore 6lack. Pee magnum est un choix canonique pour la production et arrive à nous transporter par cette atmosphère si chère à Luidji. Si l’album est un grand selfie à un titre prêt, c’est bien que la sincérité qui ponctue de manière implicite l’album au fil de sa progression traduisent à la perfection l’état d’esprit du jeune homme : coincé entre le succès et des convictions personnelles de plus en plus pesantes. « Les gens qui s’aiment/ Jusqu’au bout de la nuit/ Les gens qui s’aiment/ D’hier et d’aujourd’hui/ Les gens qui s’aiment/ Font s’arrêter le temps/ Je haïs les gens qui s’aiment/ Parce qu’ils me rappellent que tu n’es pas là »

Comme toute artiste torturé, tiraillé par sa conscience, ses mots font rêver et quelques fois rappellent à la réalité. Mais aucuns ne peut échapper à ce qui est primordial pour lui : l’honnêteté avec laquelle ils ont dit. Cette vérité, sa vérité est comme une chambre de résonance, un endroit secret qui ne pouvait être que difficilement pénétré qui se trouve intégralement tributaire du travail des vivants. Tout est une question de sentiments et non de volonté, ce frisson de l’instinct vital, cet amour de concupiscence et qui au fur à mesure que l’on avance se détache de ce côté binaire et des désirs égoïstes pour renouer avec cet héritage et la ressemblance des personnes qui l’ont influencée.

Luidji l’a bien compris, le bonheur c’est comme le glaçage sur le gâteau, tu dois tout faire toi-même et accepter que lorsqu’une personne veuille partager ton bonheur c’est du glaçage. Il n’a plus rien de ce personnage insouciant, juvénile, enjoué et naïf d’auparavant, et apprend à ses dépens que les choses, dont l’expérience, vous vieillit plus rapidement qu’une longue suite d’années paisibles, ce qu’il a gagné en bonheur, en sentiment de culpabilité et en souffrance, elle l’a perdu sur le plan de l’amitié et de la jeunesse.

Le voyage est mêlé à l’Amour peut-être parce qu’il rompt sans doute avec cet environnement quotidien d’où nait si vite l’habitude qui est ennemie de la passion et il a bien compris les passions sont ainsi faites entre zones claires et douces où l’horreur des bouleversements cède la place, pour quelques heures à des apaisements illusoires qui ne font rien d’autres que nous rendre à une vie normale à laquelle il aspire sur «plus haut », mais qui lui apparaissent par contraste comme des sommets fabuleux de félicité. Il n’y a pas qu’une dimension personnelle dans sa démarche, il partage son expérience en adoptant différents points de vue dans le but de représenter un catalogue non exhaustif.

En définitive « Tristesse Business : Saison 1 » est un fantasme en quatorze plages, le rêve d’un autodidacte qui invente son propre idéal en accordant les vestiges du passé avec sa vision et qui, ultime utopie, parvient à faire oublier aux auditeurs toutes ces notions de temps. On attend avec impatience la saison 2.

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