Premier album de sa jeune et courte carrière, Dear Annie semble synthétisé le talent de Rejjie Snow, porte-étendard d’un courant alternatif qui électrise autant qu’il foudroie. La tension dégagée par ce nouveau projet est à double tranchant. D’un côté, il agit en électron libre, affranchi de tout carcan musical qui lui dicterait la tonalité de ses productions musicales. D’un autre côté, le rappeur expérimente, sans jamais vraiment récolter les fruits de ses lauriers. Malgré tout et depuis l’automne dernier, Rejjie a carburé avec une rafale de singles comme le brillant « D.R.U.G.S » tout droit sorti de l’univers GTA ou encore « Milk & Honey ».

 

La fascination que provoque Rejjie Snow dans le hip-hop est compréhensible. À seulement 24 ans, le rappeur dispose d’un univers sombre et mature, qui contraste méchamment avec la production quasiment pornographique de ses semblables. Rejjie impressionne aussi et surtout parce qu’il a tout d’un grand professionnel. A son grain de voix nonchalant et « out of the box » s’ajoutent la maîtrise et la justesse de l’ensemble des influences dans lesquelles il puise. Sans rougir, il n’hésite pas à faire appel aux cadors du Rap Game et ne se refuse absolument aucune collaboration, à l’image du titre « Purple Tuesday » (feat. Joey Bada$$ et Jesse Boykins III). Par ailleurs, il convoque aussi d’autres artistes tels que Dana Williams et Julian Bell sur l’envoûtant « Pink Flower » ou encore Joyce Wrice sur le titre « Get It » donnant une vraie consistance à ses projets et injectant un parti pris U.S. A n’en pas douter, même s’il reste attaché à Dublin, sa ville natale, son cœur est aussi outre-Atlantique.

Le jeune irlandais confirme qu’il réussit à mêler avec brio les rythmes, les instrus, et nous offre un échantillonnage d’ambiances à la dominante chill. Pour certains titres comme « Me & My Piano » il pioche encore dans la métaphore stellaire/céleste et l’effet marche plutôt bien puisqu’on est quasi la tête dans les nuages. En revanche, Rejjie n’hésite pas à s’attaquer à des rythmes plus futuristes et électroniques comme « Acid » ou « Sunny California ». Ou à des ambiances plus jazz « African Dragon ». En tout cas, il est bien impossible de lui reprocher de ne pas se recycler ou de se laisser porter par une tendance musicale plutôt qu’une autre tant il est sur tous les fronts. Par ses différents projets, Rejjie Snow confirme là encore que ses albums et productions au sens large sont destinés à être de vrais kaléidoscopes. A suivre donc, avec Dear Annie ! qu’il viendra présenter au Trianon – Paris le 15 mars prochain.

En attendant on vous laisse avec notre petite sélection.

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