Loyle Carner 25 ans, est déjà un artiste accompli, qui affirme son statut d’anti-star, et cultive son authenticité. Avec son remarquable deuxième album « Not Waving, But Drowning », son exploration musicale aborde sans cesse de nouveaux horizons.  Ce sont là quelques arguments de poids qui vont certainement en réconcilier plus d’un avec le genre.

 

De l’eau a coulé sous les ponts depuis sa première itération « Yesterday’s Gone ». Il y exposait ses fêlures et doutes les plus intimes ; vie de famille, père absent… Les usages du hip-hop privatisent l’ego (Je), parfois surdimensionné, Loyle Carner y souscrit et à dessein pratique un rap-confession. En littérature, on parlera d’auto-fiction. Cette exploration musicale reste un superbe chantier qui nous réserve encore de bonnes surprises. A partir d’une étincelle d’idée, d’un micro flash, la magie d’un talent brut opère. Nos sens s’ouvrent alors un singulier potentiel artistique. La subtilité des arrangements, la rigueur et le soin apportés à cet opus, font alors toute la différence. Les fins connaisseurs apprécient et voguent sur cette rivière d’émeraudes.

Toujours fidèle à lui-même, notre jeune homme poursuit ses explorations artistiques et lyriques, savant mélange de jazz et soul des années 90. La musique de Loyle exprime un besoin, tel que le désir pour l’amour, un cercle vertueux qui restitue des émotions au fil des 14 pistes, qui constituent « Not Waving, But Drownin ». Entre hip-hop mâtiné de tendances jazzy et d’un brin de soul psychédélique, Loyle nous fait voyager en classe premium. Bonne livraison d’une recette à succès qui a déjà fait ses preuves.

Loyle Carner revient sur ses fondamentaux, et ne dresse aucune cloison entre sa vie privée et sa musique, tant le maillage est étroit: il évoque sa relation fusionnelle avec sa mère, son parcours d’anglais métis, abandonné par son père biologique, élevé par un beau-père qu’il adorait…. Il passe sans transition d’un univers à l’autre, le micro étant une interface commode entre les stances de l’enfant et du rappeur, sans mièvrerie. Dans son débit verbal si particulier, il réussit à nous faire partager son ressenti d’enfant écorché et sa résilience. Tendresse, colère, silence, hésitation, courage, réalisme et humanité nous réservent des escales et tranches de vie irisées.

Ils sont nombreux à avoir répondu présents, sur cet opus qui pratique un grand écart et une synthèse admirable entre différents styles musicaux sans faute de goût : Sampha, Jorja Smith ou encore Jordan Rakei lui renvoient l’ascenseur avec brio. Il est alors facile de tomber sous le charme de « Dear Jean »,  incipit house soul de toute beauté. Dans une lettre adressée à sa mère, il lui annonce en douceur qu’il déménage parce qu’il est amoureux d’une fille, ou « You Don’t Know » qui vogue sur un air de hip house délicieusement rétro Jazz, sans oublier « Krispy » qui fait le récit d’une amitié brisée avec un musicien qui l’a accompagné sur les voies du succès.

Que dire de l’histoire d’un gamin du sud de Londres, forcé d’entrer dans monde adulte, contée parfois, chantée souvent. La richesse des sonorités et des influences nous restitue une ambiance unique et feutrée qui redonne sa place au texte. Pourtant, l’arrière-goût sucré-salé de ces 14 titres est loin d’être amer. Au contraire, l’œuvre ne se laisse apprivoiser qu’avec le cœur et du temps d’esthète. Vivre n’est pas de tout repos et le raconter est un fleuve qui laisse découvrir ses charmes avec naturel, tel Narcisse et son reflet dans l’eau. Chacun s’y reconnaît.

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