MUSIQUE

UK – YOUNG FATHERS, DE LA SOUL FUTURISTE VENUE D’OUTRE-MANCHE

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Laissez-nous vous raconter l’histoire de trois mecs, d’apparence ordinaire qui ne voulaient pas s’enfermer derrière les murs d’une geôle qu’ils ont eux même engendrée et sortir des sentiers battus. Adolescents Alloysious Massaquoi, Kayus Bankole et Graham «G» Hastings fréquentaient le Bongo Club à Edimbourg – une sorte de club qui organisait toutes les deux semaines des soirées réservées aux moins de 16 ans – le courant passe rapidement et les trois adolescents, commencent à se retrouver régulièrement chez Graham pour composer, et le projet Young Fathers commence à prendre forme. Leur identité musicale atypique ne date pas d’hier.

Elle transpirait déjà dans chacune des tracks de Tape One, sorti en 2013, qui offrait non seulement un bouillon de créativité mais un caractère engagé, après avoir été la surprise du chef au Mercury Price – un genre de Goncourt du rock britannique – coiffant au poteau pointures et jeunes pousses britanniques prometteuses, tels que Damon Albarn, Kate Tempest ou Royal Blood, le Young Fathers continue d’exceller dans leur musique sombre, tendue, militante, rageuse, délirante, sexy et jubilatoire qui fait du bien.

C’était il y a deux ans, et ça semble remonter à une éternité. Young fathers lançait alors son premier disque au sein de la très respectée écurie Anticon, qui les avait repéré à la suite de l’EP Tape One. Nous n’irons pas jusqu’à vous parler de chef-d’œuvre, mais Dead est une introduction au monde qui définie parfaitement le parcours de ces jeunes gens aux origines hétéroclites: Libéria, Nigéria et Ecosse. Qui part dans tous les sens, quitte à bouleverser les genres, écorcher les habitudes, en laissant exprimer la rage, la sensibilité de toutes les manières possibles et imaginables. La production de Dead ondule entre sombres atmosphères, lourdes percussions et un soin tout particulier accordé à des basses profondes, parcouru de chants tribaux et de synthés anxiogènes.

On pourrait parler de l’électrique No Way, ou bien des très belles Low et Am I not Your Boy, deux pistes chantées qui tranchent avec tout ce qu’ils ont fait avant. Le magnifique Dip ou l’incantatoire I’ve Arrived précieux et dérangeants au souffle épique. Pour les puristes, Get up ou Queen Is Dead démontrent que le groupe a d’ailleurs de jolis restes de son premier album, dont les sonorités transpirent un psychédélisme désolé, sur un enchevêtrement cruel avec les nerfs et économe avec les dynamiques un tout qui donne la super patate.

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Le cap du deuxième album est un virage toujours très délicat dans la carrière d’un artiste, que Young Fathers a abordé comme une véritable renaissance de style. L’évolution du Young Fathers est flagrante. Certainement plus fédératrice, sans non plus renier celui qu’il a toujours été. Prenez l’incipit  I heard de Tape Two, il grandit en vous, se glisse vicieusement sous votre peau, entre par vos pores, et circule dans votre corps jusqu’à atteindre la case « plaisir coupable » de votre cerveau. C’est aussi simple qu’une brise d’été, sentiment qu’on éprouve en écoutant White Men Are Black Too. Un album brassant les codes de la pop avec une flopée d’influences glanées à la frontière des genres musicaux. Les premiers morceaux sont d’une intensité rare, saturés de guitare, rappelant des pow wow amérindiens (Still Running) ou des festins de vikings (Feasting), passant du punk à la folk, de la soul à la scansion rap.

Les références au hip hop américain se font moindre, remplacées ici et là par des clins d’œil au rock alternatif, pour un résultat atypique laissant parfois penser à TV On The Radio. À savoir celui d’un type tout à fait lambda lorsque vous le croisez dans la rue, et qui embraye sur une transe monstre une fois qu’il laisse s’exprimer ses démons. Dans leurs morceaux, leur passé de rappeurs à l’adolescence se fait entendre avec parcimonie, notamment dans Sirens. C’est avec Old Rock N’Roll que l’on finit par comprendre le titre de l’album, à la fois accrocheur et déstabilisant.

Young-Fathers

Sur la route, Young Fathers a touché du doigt ce besoin d’atteindre toujours plus de personnes avec ce qu’il est. C’est après tout le propos même de n’importe quel artiste. Ils auraient pu s’enliser, et nous pondre des albums groovy et glitchés jusqu’à la fin des temps. Comme on vous le disait en préambule, Young Fathers n’est pas prêt à s’enfermer derrière des barreaux de sa propre création. Ni aujourd’hui, ni demain, ni jamais. S’il faut de l’énergie pour entrer dans leur monde, il est encore plus difficile d’en sortir.

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