UNDERGROUND – NOS RECOMMANDATIONS DU MOIS

Underground est la célébration des talents à venir par Black Square. Chaque mois nous mettons en lumière cinq artistes en plein essor qui apportent quelque chose de nouveau au monde de la musique et capte nos cœurs et nos esprits (et nos oreilles).

FRANCE – PRINCE WALLY

Digne représentant du rap français oldschool, Prince Waly est un artiste instinctif, qui n’oublie pas pour autant d’évoluer. Désormais affranchi de ses projets collectifs et de son équipe historique Exepoq Organisation, le jeune homme se lâche. Si son phrasé caractéristique et charismatique – tout droit sorti des nineties – n’a pas bougé d’un poil, le rappeur le plus cinéphile du jeu s’est ouvert.

Prince Wally aime se mettre sous tension. Son débit, mi-cri de guerre, mi-attaque de panique, tend à s’intensifier au fil d’un couplet, ses flows s’accélérant, sa voix se durcissant comme une main devenant un poing. Ce style agressif et les rythmes frénétiques et accentués par les basses qui l’accompagne intériorisent son regard sceptique, produisant une musique plus délibérément autoréflexive, avec peu de rageurs ou de bangers à l’image de son dernier single « Walygator »

Son talent vibrant est évident depuis des années, avec un accent mis sur une profondeur et une attention aux détails qui ont souvent été éclipsées par la personnalité démesurée de son créateur.

FRANCE – SAGE PEE

Plus connu en sa qualité de producteur Sage Pee trouve du réconfort dans le chaos des non-séquences. Les chansons de l’artiste originaire des quartiers Sud de Paris peuvent passer de vies ironiques à des vantardises sur son statut dans sa ville natale à des histoires de tomber amoureux dans des épiceries bougies sans avertissement. Cette description peut sembler erratique, mais le charisme et la voix de Pee – qui sonne comme une terminaison nerveuse effilochée prennent vie – ont une forte attraction gravitationnelle. C’est l’équivalent de basculer entre différentes émissions de télévision avec le même acteur ; les histoires ne sont peut-être pas les mêmes, mais le visage principal est toujours reconnaissable. « Miroir Miroir », son dernier single, comporte un résume parfaitement son style et son humour.

Malgré toutes les blagues et l’acide lancés contre les ennemis, il y a un sentiment de nostalgie. Extrêmement prolifique, une bonne partie des battements de poitrine qui parsèment son dernier album découlent autant d’un sentiment général de sous-appréciation que de sentiments envers une personne en particulier. Quand il rappe sur « Mourir jeune », il atterrit avec un sentiment à la fois de frustration et de libération, une affirmation positive et négative s’amplifiant l’une l’autre en temps réel. Les enjeux semblent plus élevés ici qu’ils ne l’étaient lors de ses débuts mais en même temps, gonflent le sens de l’objectif de son exercice créatif.

Cet objectif ne signifierait pas autant si les chansons ne valaient pas la peine d’être revisitées. Heureusement, Sage Pee reste l’un des rappeurs les plus drôles et les plus réfléchis qui travaillent aujourd’hui. La formule avec laquelle il bricole depuis quelques années a produit l’album le plus aéré et le plus éclectique de son catalogue. Il est difficile de prédire où il se retrouvera ensuite, mais il y a de fortes chances qu’il obtienne une réaction partout où il atterrira.

UK – RAGZ ORIGINALE

Ragz Originale, le producteur derrière le plus grand succès de Skepta – Konnichiwa ou encore Shutdown-, se taille petit à petitt une place à part. Malgré ses distinctions grime, son premier album « Nature » le voit s’éloigner du genre et devenir le pionnier d’une nouvelle vague de musique alternative britannique, mettant en évidence ses compétences en tant qu’artiste aux multiples facettes.

La conscience de Ragz de son vaste potentiel se manifeste dans « Nature », sans aucun doute il est une découverte rare et passionnante. Il présente le monde derrière ses yeux comme un espace feutré et pénitent. Les rythmes sont en grande partie doux et épurés, pleins de batterie soignée, de piano et de voix spectrales. Au lieu de sprinter à travers ces instrumentaux moelleux, il amble, ses mots mesurés et délibérés. Son single « Code Red », se déroule comme un chat domestique au soleil alors que Ragz flotte sur un échantillon vocal béant.

Sa musique ainsi que ses productions visuelles pourraient largement s’apparenter à un document sur la douleur d’un jeune homme, une chronique de sa désillusion à peine masquée par sa voix impassible. Même les choses qui l’ont autrefois ancré – les personnes et les lieux qui l’ont façonné en ce qu’il est – semblent différentes maintenant. Après des années de carrière à raconter les décisions qu’il a prises pour arriver ici, il a plus d’options que jamais et il semble enfin prêt à passer à autre chose regorgent de références aux genres dans lesquels il se mêle, ce qui conduit à une musique minimaliste et ludiques.

 Il est rare d’entendre une musique aussi expérimentale, qui aspire à s’étendre à travers les genres et à jouer avec la forme, et qui atteint exactement ce qu’il se propose de réaliser. Ragz était déjà un artiste formidable, mais avec des derniers projets, il a aussi l’air d’avoir appris qu’avec la célébrité vient la liberté de définir son propre programme. Cela n’atteint peut-être pas la barre extrêmement élevée fixée par son meilleur travail, mais c’est presque certainement lui le plus vulnérable émotionnellement.

Music Lover . Rap Junkiez . Cinema & TV Shows Enthusiast. BasketBall Fan

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