Toro y Moi n’est pas le pseudonyme d’un toréador espagnol qui se serait reconverti dans la pop et ce qui est certain à propos de sa discographie, c’est qu’il n’y a pas deux albums similaires. Chaque nouvelle proposition fait état d’une douce impression d’être largué dans un album-labyrinthe, de ne pas savoir où tombera le prochain beat, où mènera le prochain refrain et malgré tout se laisser porter par ce groove élastique très catchy.

 

Chaz Bundick est un caméléon de l’électro, qui ne s’attache jamais à une seule étiquette, chose qui a tendance à confirmer le statut de boulimique musical du jeune producteur de Caroline du Nord, qui débute avec le groupe de rock alternatif « The Heist And The Accomplice » et 9 ans plus tard sortira Causers of This son premier album sous le label CarPark, précedé de June 2009, un cocktail éclectique et remuant, constitué de titres lo-fi datant d’avant ses débuts. Son univers résulte de la synthèse presque naturelle d’univers musicaux qui ne sont pas forcément compatibles. Indy pop, Chillwave, électronique, lounge et même funk, comme quoi il faut de tout pour faire un monde, et celui de Chaz n’a jamais eu à forcer plus que ça pour embarquer nos pauvres âmes innocentes.

Sorti en 2011, Underneath the Pine est une galette 100% électronique qui se rapproche du boulot de son ami Washed Out, loin d’être mauvais, il se démarque part son coté organique et très aérien sur les productions on pense notamment à Still sound et sa pop gentillette ou encore Go with you, avec ses textures si particulières, ses voix étouffées, presque vaporeuses, et les émotions qui nous embarquent dans un mouvement singulier grâce à des mélodies tantôt douces et nostalgiques, tantôt enjouées et chaleureuses, tout en créant une musique qui autorise le rêve debout, toute la journée, les yeux ouverts et l’âme nomade.

Sous un brin de vintage l’excellent Anything in Return, laisse coexister ses envies artistiques dans un ensemble musical cohérent et harmonieux et nous fait voguer entre des textures digitales aux accents garage. Diablement pop et sans artifices, il se démarque aisément de son prédécesseur par son coté plus électronique et plus rythmé, Rose Quartz et So Many Details désignent assez bien cet aspect. Exit les voix étouffées par les innombrables effets de la chillwave, celle du chanteur est désormais bien mise en avant. Avec Cola, on peut aisément danser horizontal, avec des murmures de house-music tellement douillets qu’il invite à la sieste béate – seul ou à plusieurs. Car cette musique est outrageusement sexy, alors qu’elle pourrait n’être que froide et clinique comme un carrelage de laboratoire; elle est d’une fluidité et d’une sensualité sidérantes là où on devrait ne voir que coutures grossières, placages douteux.

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What For disponible depuis peu pousse néanmoins la différence toujours plus loin, exclusivement Indy pop, sonne comme une espèce de scission sur des mélodies un peu tristounettes, on a du mal à être pleinement embarqué dans ce trip qui s’étale sur 10 chansons. Malgré cette timidité, on pourra noter la très sympathique Lilly, ou encore le rythme lancinant de Buffalo, qui ont tendance à rester en tête. Même constat pour Empty Nester et son instru ensoleillée qui fait penser à la bande-son d’un jeu vidéo Sonic. Rien de désagréable, mais rien de transcendant non plus. En l’état des choses, on reste face à un album plaisant, qui ne fera de mal à personne. Tout particulièrement en ces temps moroses.

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Le garçon est doué, il n’y a pas de doutes là-dessus. Son côté ultra prolifique le pousse d’ailleurs à prendre toujours plus de risques avec sa carrière musicale, déjà étonnamment bien fournie depuis 2009. Un effort qui s’est jusqu’ici révélé payant.

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